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Côte d’Ivoire-Maroc : Le numérique à la conquête des champs africains, 50 futurs experts formés à Yamoussoukro

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Thomas Biakpa

Mis à jour le 4 nov. 2026 · 7 min de lecture

Côte d’Ivoire-Maroc : Le numérique à la conquête des champs africains, 50 futurs experts formés à Yamoussoukro

Pour répondre aux défis de demain, l’agriculture africaine doit absolument maîtriser les nouvelles technologies/ Hello Future

L’agriculture africaine ne peut plus se contenter de ses méthodes traditionnelles pour répondre aux défis de demain. Face à la pression climatique, à la nécessité d’accroître les rendements et aux exigences croissantes de sécurité alimentaire, la maîtrise des nouvelles technologies devient un enjeu majeur. C’est dans cette perspective qu’a été inaugurée, le 31 octobre 2026, au Technopôle de l’INP-HB à Yamoussoukro, la Digital Farming School.

Bien plus qu’un nouvel établissement de formation, cette structure se veut un véritable laboratoire de compétences au service de la transformation agricole du continent. Son ambition est claire, faire émerger une génération de professionnels africains capables de mettre l’intelligence artificielle, les données numériques et les innovations technologiques au service des producteurs.

Une alliance africaine pour bâtir l’agriculture de demain

Derrière cette initiative se trouve une coopération entre trois institutions aux expertises complémentaires. L’Université Mohammed VI Polytechnique du Maroc apporte son savoir-faire académique et scientifique, OCP Africa soutient la dynamique de formation et d’innovation, tandis que l’INP-HB met à disposition son environnement universitaire et ses capacités de recherche à Yamoussoukro.

Pour Hicham El Habti, président de l’UM6P, cette collaboration s’inscrit dans une vision qui place les compétences africaines au centre des solutions de développement du continent. Son message, « L’Afrique doit faire confiance à l’Afrique », résume l’esprit de cette coopération Sud-Sud, fondée sur le partage des connaissances, le transfert de technologies et la valorisation des expertises locales.

Même engagement du côté d’OCP Africa. Sa directrice générale, Hajar Alafifi, a rappelé l’importance d’investir dans les ressources humaines pour préparer les mutations profondes du secteur agricole. Car, derrière les machines, les logiciels et les outils connectés, ce sont avant tout des femmes et des hommes qualifiés qui devront porter cette transformation.

En accueillant la DFS au sein de son Technopôle, l’INP-HB consolide également sa position dans le développement de la recherche et de la formation technologique en Côte d’Ivoire.

La Côte d’Ivoire, un terrain stratégique pour l’innovation agricole

Le choix de Yamoussoukro répond à une réalité économique. En Côte d’Ivoire, l’agriculture demeure l’un des principaux moteurs de croissance. En tenant compte de l’agro-industrie, elle représente environ 25 % du produit intérieur brut et génère près de 40 % des recettes d’exportation.

Pourtant, derrière ces performances se cachent des difficultés persistantes. Les exploitations agricoles restent confrontées à une mécanisation insuffisante, à un accès limité aux infrastructures d’irrigation et à une exposition croissante aux effets du changement climatique.

Les données communiquées par le ministre de l’Agriculture, Bruno Nabagné Koné, donnent une idée précise de l’ampleur des besoins. Le pays compte environ un tracteur pour 1 000 hectares cultivés. Quant aux terres irriguées, elles ne représentent que 130 000 hectares, alors que le potentiel national est estimé à 3,4 millions d’hectares.Un décalage considérable qui souligne la nécessité de repenser les méthodes de production et d’accélérer l’adoption de solutions innovantes.

C’est précisément sur ce terrain que la Digital Farming School entend intervenir. En intégrant les outils numériques aux pratiques agricoles, l’objectif est de permettre une meilleure gestion des exploitations, une utilisation plus rationnelle de l’eau et des intrants, ainsi qu’une anticipation plus efficace des risques liés aux conditions climatiques.

Intelligence artificielle, drones et agriculture de précision au programme

A l'INP-HB de Yamoussoukro, 50 étudiants ont été sélectionnés pour une formation qui leur permettra de faire entrer l'agriculture africaine dans une nouvelle dimension technologique/ Africa24 TV

À la Digital Farming School, les futurs spécialistes ne seront pas uniquement formés aux techniques agronomiques classiques. Le programme repose sur une approche pluridisciplinaire qui associe agriculture, informatique et technologies de pointe.

Intelligence artificielle, drones agricoles, capteurs connectés et exploitation des données figurent parmi les principaux outils qui seront au cœur de leur apprentissage.Ces technologies ouvrent de nouvelles possibilités pour les producteurs. Elles permettent notamment de surveiller l’évolution des cultures, de repérer certaines anomalies, de suivre l’état des sols, de mieux planifier l’irrigation et d’améliorer les décisions prises au quotidien dans les exploitations.

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La pédagogie retenue privilégie également la pratique et l’expérimentation. Il ne s’agit pas simplement de former des étudiants capables de maîtriser des logiciels ou de manipuler des équipements sophistiqués, mais de préparer des professionnels aptes à traduire les innovations scientifiques en solutions concrètes pour le monde agricole.

L’enjeu est donc de rapprocher deux univers longtemps considérés séparément : celui de la recherche technologique et celui de la production agricole.

50 étudiants sélectionnés sur 3 700 candidatures

L’engouement autour de cette nouvelle école témoigne des attentes suscitées par les métiers de l’agriculture numérique. Sur les 3 700 dossiers de candidature reçus, seuls 50 étudiants ont été retenus pour constituer la toute première promotion.

Ces bénéficiaires suivront un cursus de deux ans intégralement financé. Une opportunité qui leur permettra d’acquérir des compétences spécialisées dans un domaine appelé à prendre une place grandissante dans les économies africaines.

Cette sélection particulièrement exigeante traduit également la volonté des partenaires de constituer un premier noyau de spécialistes capables, à terme, de participer activement à la modernisation du secteur agricole.

Une ambition qui dépasse les frontières ivoiriennes et marocaines

L’inauguration de la DFS a réuni plusieurs personnalités politiques, scientifiques et diplomatiques. Présidant la cérémonie, le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, Adama Diawara, a mis en avant la place de la recherche, de la science et de l’innovation dans la transformation des économies africaines.

La présence de l’ambassadeur du Maroc en Côte d’Ivoire, Otman El Ferdaous, et de l’ancien Premier ministre éthiopien Haile Mariam Dessalegn a également donné à l’événement une portée qui dépasse le cadre du partenariat bilatéral.

À travers cette mobilisation, c’est une ambition panafricaine qui se dessine : faire de la coopération scientifique un moteur de développement et permettre aux pays africains de construire ensemble des réponses technologiques à leurs défis communs.

Les promoteurs du projet voient d’ailleurs plus loin que la formation des 50 premiers étudiants. Leur ambition est de faire émerger autour de la Digital Farming School un écosystème dynamique réunissant établissements universitaires, entreprises, chercheurs, entrepreneurs, investisseurs et professionnels du secteur agricole.L’objectif sera de favoriser le passage de la recherche à l’application, en transformant les connaissances scientifiques en innovations accessibles aux exploitants agricoles.

Le véritable défi : faire profiter les agriculteurs de la révolution numérique

Si l’ouverture de la Digital Farming School constitue une avancée importante, son succès se mesurera surtout à sa capacité à produire des résultats sur le terrain.Former des spécialistes est une première étape. Encore faudra-t-il que les technologies développées soient financièrement accessibles, adaptées aux réalités des exploitations africaines et suffisamment simples à utiliser pour être adoptées par les producteurs.La question de l’accès aux équipements, du financement des innovations et de l’accompagnement technique des agriculteurs sera donc déterminante.

À Yamoussoukro, la coopération entre l’UM6P, OCP Africa et l’INP-HB pose ainsi les bases d’une nouvelle approche du développement agricole africain. Une approche dans laquelle le savoir scientifique, l’innovation numérique et la formation des jeunes deviennent des leviers essentiels de souveraineté alimentaire.

Au-delà des 50 étudiants qui s’apprêtent à ouvrir cette nouvelle page, c’est une ambition beaucoup plus vaste qui est engagée. Il s’agit de donner à l’Afrique les moyens de concevoir ses propres solutions, de maîtriser ses technologies et de construire une agriculture plus productive, plus compétitive et plus résistante aux changements climatiques.

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